« Une charrue qui affouille le temps »… cite-t-elle…
« Partir et parler c’est pareil » … écrit-elle…
C’est « par voie de prose » et de métaphore Transsibérienne que Sylvie Germain s’adresse à sa mère disparue « la dormeuse absolue », et par l’invention d’ « un alphabet stellaire » qu’elle évoque son père amoureux du désert sans y être jamais allé … « Le monde sans vous » est un tendre périple en quatre textes d’abord distincts, qui dessine un « atlas » très personnel entre la passion d’écrire le réel et la réminiscence apaisée des images qui comptent. Ces magnifiques retrouvailles flottantes aquarellisent pour nous et atténuent la douleur universelle des pertes successives. C’est l’histoire très simple de ces destins liés où la poésie au présent vient offrir ses fibres vannières. Un partage incandescent peut avoir lieu avec le lecteur dans la proximité d’un lac gelé à l’œil central insondable et d’un kaléidoscope regorgeant de pétales de roses, « dans l’absolu du loin »...
« Mots, miettes,cailloux, oiseaux : coucou ! – Coucou, Personne ! »
EXTRAIT :
« Tout est question de perspective, et d’éclairage.
Alors d’où faut-il regarder, à quelle distance se situer pour entr’apercevoir cette image trop vive et trop diverse pour se laisser unifier, trop vaste pour être mesurée, trop dense et résonante pour se laisser traduire ? Les points de perspective sont nombreux, l’image à elle seule est un livre illustré et pourrait donner lieu à un recueil de récits très variés.
Aucun point précis ne sera choisi. L’écriture se fera chambre claire où se superposeront les regards, les visions ; une écriture de glissements et de surimpressions. Glissements et immersion dans l’épaisseur du présent, glissements et dérive dans les dédales de la mémoire, et surimpressions en feuilletant les archives des rêves, des songes, et de l’imaginaire. Ce qui transparaîtra, ce seront juste quelques lignes, quelques contours et tracés, quelques volumes et rehauts, saisis de-ci de –là à travers l’espace mouvant de cette image dont la beauté est trop intime pour s’avouer vraiment. »
Sylvie GERMAIN, Le monde sans vous,
Albin Michel , p.86 87, 2011 .